Bulletin n°12 Janvier - Février 2013
SFR - CERF : VEILLE SCIENTIFIQUE N°12

Cette première veille scientifique SFR - CERF 2013 nous permet d'abord de rappeler que le rapport d'étude des 11 boursiers SFR-GUERBET effectué à l'occasion du dernier RSNA 2012 est en ligne sur le site de la SFR http://www.sfrnet.org/sfr/professionnels/2-infos-professionnelles/10-rsna/2012/index.phtml

Nous souhaitons également vous rappeler que la date limite pour la soumission de candidatures aux bourses de recherche de la Société Française de Radiologie permettant le co-financement de travaux de Master M2 et de Thèses d'Université est fixée au 30 Avril 2013.

Enfin, nous sommes heureux de partager les publications sélectionnées par la Société d'Imagerie Thoracique et par le groupe SFR Ultrasons.

Bonne lecture.

Veille Scientifique SFR-CERF
Jean-Marc CONSTANS, Charles-André CUENOD, Alain LUCIANI


1 article recommandé par le groupe SFR Ultrasons

Elastographie par onde de cisaillement : un outil d'utilisation quotidien pour l'évaluation de la fibrose hépatique.

En cas d'infection par le virus de l'hépatite C, le pronostic et le traitement de la maladie sont dépendants du stade de fibrose hépatique et de son évolution au cours du temps. Le suivi de l'évolution de l'hépatopathie n'est pas réalisable par ponctions biopsie hépatiques répétées, compte tenu du caractère invasif de cet examen. Par ailleurs, la biopsie évalue uniquement un échantillon très limité de parenchyme, ce qui est source d'erreurs compte tenu de l'hétérogénéité habituelle de la fibrose hépatique. Actuellement, la « dureté » d'un parenchyme peut être estimée de façon non invasive en étudiant la vitesse d'une onde de cisaillement traversant le parenchyme étudié : plus le tissu est dur, plus celle-ci augmente : c'est l'élastographie (estimée en m/s ou en kPa).

Dans cet article publié dans Hepatology, Les auteurs comparent de façon prospective, chez 121 patients présentant une hépatite C, deux méthodes d'élastographie : le fibroscan TM (Transient Elastography ou TE, Echosens, Paris) et l'élastographie par onde de cisaillement (Shear Wave Elastography ou SWE) développée sur l'appareil Aixplorer TM (Supersonic Imagine, Aix en Provence). Les résultats de l'élastographie obtenues par ces deux méthodes sont corrélés à l'estimation de la fibrose hépatique par histologie (score de Metavir), classée de F0 (Foie normal) à F4 (cirrhose). La dureté du foie augmente parallèlement à l'augmentation du stade Metavir avec les 2 techniques. La SWE montre des performances supérieures à la TE (p = 0.002) pour le dépistage des patients avec fibrose significative (> ou = à F2). Concernant la concordance avec le stade Metavir, la SWE classifie correctement 83,1 % des patients et la TE 66,7 % de patients.

La SWE présente l'avantage d'être intégrée sur un appareil d'échographie (mode B, doppler pulsé, couleur, mode contraste) qui permet dans le même temps le dépistage de CHC chez ces patients à risque. Par ailleurs, contrairement à la TE, elle permet une cartographie en temps réel de l'hétérogénéité de la fibrose hépatique, et elle est utilisable même en cas d'ascite. Les radiologues disposent ainsi d'un outil de quantification qui au cours de leur examen échographique leur permet en quelques minutes d'estimer l'élasticité hépatique, et ainsi permettre le dépistage des hépatopathies avant le stade de cirrhose (et de ses complications), ce qui est un véritable enjeu de santé publique.

Ferraioli G, Tinelli C, Dal Bello B, Zicchetti M, Filice G, Filice C Accuracy of real-time shear wave elastography for assessing liver fibrosis in chronic hepatitis C: A pilot study. Hepatology, 56(6):2125-2133.

Pour consulter l’article :
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/hep.25936/pdf



1 article recommandé par la SIT
(Société d'Imagerie Thoracique)

Nouvelle classification histologique des adénocarcinomes bronchiques : quelles implications pour le radiologue ?

L'adénocarcinome est la forme histologique de cancer bronchique la plus fréquente. Les adénocarcinomes bronchiques forment un groupe hétérogène à la fois sur le plan anatomopathologique, radiologique, clinique et pronostique. La classification histologique des adénocarcinomes bronchiques nécessitait d'être simplifiée mais également adaptée aux récentes avancées "théranostiques" de ces cancers (compréhension des mécanismes moléculaires de carcinogénèse, développement de biomarqueurs et de thérapies ciblant ces mutations). Cette nouvelle classification parue en 2011 dans le Journal of Thoracic Oncology (1) a été élaborée par un panel d'experts issus de plusieurs sociétés savantes : IASLC (International Association of the Study on Lung Cancer), ATS (American Thoracic Society) et ERS (European Respiratory Society). Les auteurs insistent sur l'approche multidisciplinaire que requiert la prise en charge de ces tumeurs, d'où l'importance pour le radiologue de connaître au minimum les grandes lignes de cette classification.

Les adénocarcinomes bronchiques opérés sont désormais classés en 5 sous-types en fonction de leur contingent architectural majoritaire : lépidique, acinaire, papillaire, micropapillaire et solide (Figure 1). Le contingent lépidique définit une architecture alvéolaire conservée ce qui se traduit au scanner par un aspect en verre dépoli. Les adénocarcinomes à prédominance lépidique sont moins invasifs et de meilleur pronostic que les autres sous-types qui ne comportent que peu ou pas de verre dépoli intra-tumoral. Les adénocarcinomes à prédominance acinaire ou papillaire sont de grade intermédiaire tandis que les adénocarcinomes à prédominance solide ou micropapillaire sont de haut-grade et ont le moins bon pronostic. Il a récemment été montré que cette classification histologique avait un impact pronostique significatif, indépendant de la stadification TNM (2).

Les lésions pré-invasives, dont la survie post-résection approche 100 % à 5 ans, ont également été redéfinies en tenant compte de leur taille et du degré d'atypie cellulaire. Il s'agit de l'adénocarcinome in situ auquel on peut ajouter l'hyperplasie adénomateuse atypique et l'adénocarcinome mini-invasif aux deux extrémités du spectre. Le carcinome bronchiolo-alvéolaire, entité hétérogène pour le pathologiste comme pour le radiologue, n'apparaît plus dans la nouvelle classification et les auteurs recommandent de ne plus employer ce terme. Ainsi, devant un nodule persistant constitué uniquement de verre dépoli, les diagnostics d'hyperplasie adénomateuse atypique ou d'adénocarcinome in situ seront évoqués en priorité. Ces lésions en verre dépoli pur ne doivent pas être biopsiées mais surveillées. Un nodule mixte ou semi-solide (verre dépoli périphérique et condensation nodulaire centrale) fera plutôt évoquer les diagnostics d'adénocarcinome mini-invasif ou d'adénocarcinome invasif à prédominance lépidique (Figure 2). Ce type de lésion conduira généralement à une prise en charge plus agressive. Enfin, on préférera le terme d'adénocarcinome invasif mucineux à celui de carcinome bronchiolo-alvéolaire diffus.

Rappelons enfin que les adénocarcinomes diagnostiqués à un stade avancé (stades IIIB et IV) représentent près de 80 % des cas. Ceux-ci doivent systématiquement bénéficier d'une recherche de mutation du gène EGFR qui confère une sensibilité aux thérapeutiques ciblées (erlotinib, gefitinib). Il est donc important de réaliser des biopsies en taille et en nombre suffisant pour permettre cette analyse. Une alternative à la biopsie est la cyto-aspiration à l'aiguille fine permettant, après inclusion en paraffine du culot de centrifugation, la réalisation d'un sous-typage EGFR dans la plupart des cas.

1. Travis WD, Brambilla E, Noguchi M, et al. International association for the study of lung cancer/american thoracic society/european respiratory society international multidisciplinary classification of lung adenocarcinoma. J Thorac Oncol 2011; 6: 244-285.

2. Warth A, Muley T, Meister M, et al. The Novel Histologic IASLC/ATS/ERS Classification of Invasive Pulmonary Adenocarcinoma is a Stage-Independent Predictor of Survival. J Clin Oncol 2012; 30: 1438-1446.

Pour consulter l’article :
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21252716


Le comité de veille scientifique SFR-CERF remercie particulièrement Aymeric Guibal (groupe SFR Ultrasons) et Mathieu Lederlin (SIT) pour leur participation à ce 12ème numéro.

Nous vous souhaitons une très bonne lecture.