Bulletin n°3 Juin - Juillet 2010

Au sommaire de ce troisième numéro :

Gastro-entérologie
Proposée par :

- L’entéroscanner a une sensibilité de 100% pour détecter une tumeur carcinoïde du grêle.
- L’entéroscanner permet de différencier une récidive d’une atteinte fibreuse anastomotique au cours de la maladie de Crohn après résection iléo-caecale.


Neurologie
Proposée par :

- Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les atteintes cérébrales, faciales et orbitaires dans la maladie d’Erdheim-Chester.
- Le scanner de perfusion dans l’évaluation de l’ischémie cérébrale: un examen très accessible qu’il faut savoir lire.


Cancérologie
Proposée par :

- Le PELICAN montre le chemin à suivre pour le traitement focal du cancer de la prostate.
- Abord direct de l’artère hépatique sous échographie pour le traitement des tumeurs hépatiques.


Pédiatrie
Proposée par :

- Imagerie en coupes de cardiopathies congénitales : parlons enfin le même langage !
- Haut les mains les enfants.

Nous vous souhaitons une bonne lecture.

Jean-Pierre Pruvo
Secrétaire Général
de la Société Française de Radiologie

Charles-André Cuénod
Responsable du comité de veille scientifique

Contact : bulletin-veille@sfradiologie.org


Si votre logiciel de messagerie ne peut lire les liens présents dans cette page, vous pouvez recopier l'adresse suivante directement dans votre navigateur : http://beclere.sfrnet.org/veille/bulletin03.html


L’entéroscanner a une sensibilité de 100% pour détecter une tumeur carcinoïde du grêle.

Kamaoui et coll. ont étudié prospectivement par entéroscanner 44 patients consécutifs suspects de tumeur carcinoïde du grêle. Les examens ont été effectués à l’aide d’un scanner équipé de 32 couronnes de détecteurs, permettant une épaisseur de coupe de 1,25 mm et après remplissage du grêle par 2,5 litres d’eau au moyen d’une sonde naso-jéjunale. Au cours de cette étude, l’entéroscanner a permis de détecter les 18 tumeurs carcinoïdes du grêle présentes dans la population de patients, soit une sensibilité de 100%. La taille moyenne des lésions était de 14,8 mm, mais même les plus petites lésions qui mesuraient 5 mm de diamètre étaient détectées. Les excellents résultats obtenus par cette équipe lyonnaise, montrent que l’entéroscanner, grâce aux progrès technologiques récents, permet une détection très fiable des tumeurs du grêle et qu’il se présente en challenger sérieux vis à vis de la vidéocapsule dans cette tache. Ces résultats devraient donc stimuler nos collègues gastroentérologues pour réaliser des études comparant la vidéocapsule à des techniques d’imagerie modernes performantes et non pas à des techniques dépassées comme le simple transit du grêle, dont l’obsolescence est maintenant bien établie.

Kamaoui I, De-Luca V, Ficarelli S, et al. Value of CT enteroclysis in suspected small-bowel carcinoid tumors. AJR Am J Roentgenol 2010;194:629-633.

Pour consulter l’article :
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20173138
http://www.ajronline.org/cgi/content/full/194/3/629

L’entéroscanner permet de différencier une récidive d’une atteinte fibreuse anastomotique au cours de la maladie de Crohn après résection iléo-caecale.
Au cours d’une étude rétrospective portant sur 40 patients ayant une maladie de Crohn, Soyer et coll. ont montré que l’entéroscanner permet de différencier une récidive de la maladie, d’une atteinte fibreuse anastomotique après résection et anastomose iléo-caecales. En utilisant des critères morphologiques simples, ils ont trouvé qu’un aspect stratifié du versant iléal de l’anastomose et que la présence d’un signe du peigne adjacent à ce segment étaient les deux éléments sémiologiques les plus discriminants pour différencier la récidive de la fibrosténose (p < 0,001 et p = 0,026, respectivement en analyse univariée). Pour effectuer le diagnostic de récidive, le signe du peigne et la stratification avaient une spécificité de 95% chacun. Pour effectuer le diagnostic de fibrosténose, c’était une association de cinq variables qualitatives qui était la plus spécifique. Les auteurs concluent que l’entéroscanner est un examen utile et fiable pour détecter des anomalies anastomotiques iléo-caecales au cours de la maladie de Crohn, ce qui a des implications cliniques et thérapeutiques réelles.

Soyer P, Boudiaf M, Sirol M, Dray X, Aout M, Duchat F, Vahedi K, Fargeaudou Y, Martin-Grivaud S, Hamzi L, Vicaut E, Rymer R. Suspected anastomotic recurrence of Crohn disease after ileocolic resection: evaluation with CT enteroclysis. Radiology 2010;254:755-764.

Pour consulter l’article :
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20177090
http://radiology.rsna.org/content/254/3/755.abstract
http://radiology.rsna.org/content/254/3/755.full.pdf+html

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les atteintes cérébrales, faciales et orbitaires dans la maladie d’Erdheim-Chester
Drier et coll. rapportent sur une étude rétrospective de 1996 à 2007, les atteintes cérébrales, faciales et orbitaires de 33 patients consécutifs suivis pour une maladie d’Erdheim-Chester.
Parmi les 33 patients, 15 (45%) présentent des symptômes cliniques neurologiques et/ou orbitaires et 30 (90%) des anomalies cérébrales, faciales ou orbitaires sur les imageries réalisées. 53% des patients ont une atteinte de l’axe hypothalamo-hypophysaire, 23% une prise de contraste ou une masse méningée, 17% une atteinte du parenchyme cérébral et 13% une infiltration périvasculaire. Il existe une ostéosclérose du massif facial ou de la voûte du crâne dans 80% des cas et une masse orbitaire dans 30% des cas. Dans les 2/3 des cas, deux sites anatomiques sont simultanément touchés.
Les auteurs insistent sur l’importance de rechercher ces différentes atteintes, et notamment l’atteinte périvasculaire, dans le bilan d’une maladie d’Erdheim-Chester. Même si le patient est asymptomatique.

Cerebral, facial, and orbital involvement in Erdheim-Chester disease: CT and MR imaging findings.
Drier A, Haroche J, Savatovsky J, Godenèche G, Dormont D, Chiras J, Amoura Z, Bonneville F. Radiology. 2010 May;255(2):586-94.

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/sites/pubmed
http://radiology.rsna.org/content/255/2/586.long

Le scanner de perfusion dans l’évaluation de l’ischémie cérébrale: un examen très accessible qu’il faut savoir lire.
Le scanner de perfusion est une alternative à l’IRM en urgence dans les centres ne disposant pas d’un accès facile à l’IRM. Il a l’avantage d’être disponible dans tous les centres susceptibles de revoir des urgences et de réalisation très rapide. La différenciation entre la zone de pénombre ischémique pouvant être sauvée et le centre nécrotique ont des comportements différents, ce qui peut permettre de sélectionner les patients les plus à même de bénéficier des traitements agressifs.
Mais l’interprétation du scanner de perfusion peut être complexe. C’est pourquoi l’équipe de Lui et coll. a colligé dans un article les différents aspects sémiologiques et les pièges à connaître.

Evaluation of CT Perfusion in the Setting of Cerebral Ischemia: Patterns and Pitfalls
Y.W. Lui, E.R. Tang, A.M. Allmendinger and V. Spektor
American Journal of Neuroradiology REFERENCE A AJOUTER
DOI 10.3174/ajnr.A2026

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://www.ajnr.org/cgi/content/abstract/ajnr.A2026v1

Le PELICAN montre le chemin à suivre pour le traitement focal du cancer de la prostate
Alors que le screening permet de détecter un grand nombre de patients atteints de cancer de prostate, ce cancer pose un problème de prise en charge thérapeutique, car l’identification des sujets à risque évolutif aggravé reste difficile.
Comme ce cancer est volontiers multifocal, certain patients sont soumis à des traitements radicaux (prostatectomie, radiothérapie) dont les effets délétères sont loin d’être anodins (incontinence, impuissance, irritation urinaire et rectale….), alors que la nécessité de mettre en œuvre de tels traitements n’est pas prouvée.
Dans un article de Nature Medecine, W Liu et coll ont montré par une analyse génomique poussée chez des patients décédés d’un cancer prostatique disséminé (projet PELICAN), en étudiant le génome du tissu prostatique provenant de plusieurs sites métastatiques, que contrairement aux tumeurs prostatiques primitives, qui ont une grande hétérogénéité génomique, les métastases prostatiques sont toutes issues d’un même clone cellulaire, et donc d’un même foyer primitif.
Ces données peuvent changer la prise en charge de ces patients, car on peut dès lors envisager qu’un traitement focal pourrait permettre de limiter les dommages collatéraux du traitement radical en préservant une partie de la glande prostatique. L’identification de la «lesion index» devient dès lors un objectif prioritaire et il n’est pas impossible que l’imagerie puisse prendre une place non négligeable pour guider ce traitement focal y compris chez plus de 70% des patients qui ont un cancer multifocal.

Liu W, Laitinen S, Khan S, Vihinen M, Kowalski J, Yu G, Chen L, Ewing C M, Eisenberger M A, Carducci M A, Nelson W G, Yegnasubramanian S, Luo J, Wang Y, Xu J, Isaacs W B, Visakorpi T, Bova G S. Copy number analysis indicates monoclonal origin of lethal metastatic prostate cancer – Nat Med 2009;15:559-65
Ahmed HU. The index lesion and the origin of prostate cancer. N Engl J Med 2009;361:17-19

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://www.nature.com/nm/journal/v15/n5/abs/nm.1944.html

Abord direct de l’artère hépatique sous échographie pour le traitement des tumeurs hépatiques.
Les traitements des tumeurs hépatiques par chimio-embolisation ou radio-embolisation, nécessitent un accès à l’artère hépatique. Classiquement l’artère hépatique est abordée par le biais d’un cathétérisme fémoral ou brachial. Mais certaines conformations anatomiques peuvent gêner l’accès sélectif des vaisseaux à destinée tumorale, ce qui ne permet pas une délivrance efficace du matériel d’embolisation.
Yu et coll. proposent et décrive un abord direct percutané de l’artère hépatique sous contrôle échographique. Cette technique inhabituelle peut être s’avérer une alternative intéressante pour faciliter les traitements endovasculaires des tumeurs hépatiques qui prennent actuellement de l’importance dans l’arsenal thérapeutique.

Direct Hepatic Artery Puncture for Transarterial Therapy in Liver Cancer
Maurice Yu, Robert J. Lewandowski, Saad Ibrahim, Ahsun Riaz, Robert K. Ryu, Alberto Benito, Alberto Alonso-Burgos, Jose Ignacio Bilbao, Riad Salem,
Journal of Vascular and Interventional Radiology, 02/26/10
Volume 21, Issue 3, Pages 394-399 (March 2010)

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://www.jvir.org/article/S1051-0443(09)01121-X/abstract

Imagerie en coupes de cardiopathies congénitales : parlons enfin le même langage !
L’équipe de l’Hôpital Sainte Justine concrétise sa longue expérience dans le domaine de l’imagerie en coupes des cardiopathies congénitales par un magnifique article didactique sur l’approche segmentaire des malformations cardiaques.
L’article guide le radiologue pas-à-pas dans la lecture analytique des scanners et IRM à visée cardiologique, au travers de l’approche définie par R. Van Praagh. Cette approche permet une communauté de langage avec nos collègues cardiologues, et insiste sur la fréquence et le type des malformations associées aux différents “profils segmentaires”.
Cet article intéressera naturellement les radiologues à tropisme pédiatrique ou cardiologique, mais il peut également être apprécié de leurs collègues qui désirent avoir une information claire.

Lapierre C, Déry J, Guérin R, Viremouneix L, Dubois J, Garel L.
Radiographics. 2010 Mar-Apr;30(2):397-411
Segmental approach to imaging of congenital heart disease.

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://radiographics.rsna.org/content/30/2/397.long

Haut les mains les enfants. 
A l’heure où la radiographie standard fait parfois office de parent pauvre dans l’enseignement de notre spécialité, l’équipe de Toronto nous gratifie d’une revue iconographique faisant la synthèse des anomalies radiologiques touchant la main dans le cadre des dysplasies squelettiques les plus fréquentes (achondroplasie, maladie d’Ollier, etc ...) et de maladies systémiques, hématologiques et métaboliques (syndromes de Marfan, de Protée et de Turner, drépanocytose et thalassémie).
Cet article est à mettre dans la bibliothèque de tout radiologue, d’autant plus que la grande variabilité d’expression clinique de ces conditions fait qu’une proportion non négligeable, et sans doute croissante, est découverte à des âges « supra »-pédiatriques dans le cadre de bilans radiologiques réalisés en dehors de toute suspicion clinique orientée.

Chavhan GB, Miller E, Mann EH, Miller SF.
Pediatr Radiol. 2010 May;40(5):747-761
Twenty classic hand radiographs that lead to diagnosis.

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://www.springerlink.com/content/f302417660337212/