Bulletin n°2 Avril 2010

Vous avez été nombreux à plébisciter le premier bulletin de Veille Scientifique & Recherche et nous en sommes ravis.

Au sommaire de ce deuxième numéro :

Neurologie

- IRM cérébrale, la séquence de susceptibilité magnétique (SWI) semble également prometteuse dans la pathologie tumorale.
- Les hydrocéphalies communiquantes sont-elles vraiment communicantes ? Apport de la séquence CISS dans l’hydrocéphalie.
- Nouvelle anatomie à 3T : aspect normal de la tige pituitaire.

ORL

- Vers une caractérisation des ganglions cervicaux grâce à l’IRM de diffusion ?
- Le schwannome intralabyrinthique : une entité rare à laquelle il faut penser.

Digestif

- La gastrostomie percutanée radiologique doit être préférée à la gastrostomie endoscopique.
- La coloscopie virtuelle : examen de dépistage du cancer colique ?

Nous vous souhaitons une bonne lecture.

Jean-Pierre Pruvo
Secrétaire Général
de la Société Française de Radiologie

Charles-André Cuénod
Responsable du comité de veille scientifique

Contact : bulletin-veille@sfradiologie.org



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En IRM cérébrale, la séquence de susceptibilité magnétique (SWI) semble également prometteuse dans la pathologie tumorale.

Kim et coll. montrent, à 3T, l’apport de la séquence de susceptibilité magnétique, en plus des séquences conventionnelles, dans la caractérisation tumorale.

Lors d’une étude rétrospective sur 64 patients consécutifs présentant une lésion unique intra-axiale rehaussée après injection de gadolinium (30 tumeurs gliales de haut grade comprenant 25 glioblastomes et 5 gliomes anaplasiques, 15 métastases, 7 lymphomes et 12 lésions non-tumorales), les auteurs ont étudié le signal de susceptibilité intra-tumoral (ITTS). Ils ont classé les tumeurs en 3 grades en fonction du nombre de ITTS retrouvés. Tous les glioblastomes présentaient des ITTS (grade 2 à 3), à l’inverse des lymphomes ou des lésions non-tumorales qui étaient classés grade 1.
L’ajout de la séquence SWI améliore ainsi la caractérisation lésionnelle de + 11 % (de 67 à 78 %) par rapport aux séquences conventionnelles utilisées seules. Elle permet également de différencier, avec une spécificité de 100 % (p <. 0001), les glioblastomes des lésions non-tumorales et des lymphomes.


Added Value and Diagnostic Performance of Intratumoral Susceptibility Signals in the Differential Diagnosis of Solitary Enhancing Brain Lesions: Preliminary Study
H.S. Kim, G.-H. Jahng, C.W. Ryu and S.Y. Kim
AJNR Am J Neuroradiol.2009; 30: 1574-79 - DOI 10.3174/ajnr.A1635
Article en rapport :
- Semiquantitative assessment of intratumoral susceptibility signals using non-contrast-enhanced high-field high-resolution susceptibility-weighted imaging in patients with gliomas: comparison with MR perfusion imaging. Park MJ, Kim HS, Jahng GH, Ryu CW, Park SM, Kim SY. AJNR Am J Neuroradiol. 2009 Aug;30(7):1402-8.
- Three-dimensional susceptibility-weighted imaging at 3 T using various image analysis methods in the estimation of grading intracranial gliomas. Hori M, Mori H, Aoki S, Abe O, Masumoto T, Kunimatsu S, Ohtomo K, Kabasawa H, Shiraga N, Araki T. Magn Reson Imaging. 2010 Mar 15

Les hydrocéphalies communiquantes sont-elles vraiment communicantes ? Apport de la séquence CISS dans l’hydrocéphalie.
Dans une étude prospective sur 134 patients consécutifs, de 2 à 18 ans, Dinçer et coll. rapportent l’intérêt de la séquence Constructive Interference in Steady State (CISS)*, à 3T, dans les hydrocéphalies communicantes. L’ajout de la séquence CISS permet en effet d’améliorer la détection des obstacles à l’écoulement du LCS de + 19,4 % par rapport aux séquences conventionnelles, la prise en charge chirurgicale et le pronostic. Ces patients ayant un obstacle visible uniquement sur la séquence CISS ont ainsi pu bénéficier d’une ventriculocisternostomie plutôt que de la mise en place d’une dérivation ventriculaire.

* Note technique : La séquence Constructive Interference in Steady State (CISS) a été décrite dès 1993 dans un article de Casselman (AJNR 1993). Il s’agit d’une séquence de type écho de gradient en équilibre (FISP ou FIESTA) qui est répété deux fois avec des impulsions RF différentes. Les images obtenues avec les différentes impulsions sont combinées pour obtenir une image sans les bandes noires de dispersion de phases souvent visibles dans les séquences FISP. Les images présentent un fort contraste en T2 (type myélographique) et une excellente résolution spatiale. Les artéfacts induits par la pulsatilité du LCR sont minimisés.

Is All "Communicating" Hydrocephalus Really Communicating? Prospective Study on the Value of 3D-Constructive Interference in Steady State Sequence at 3T
A. Dinçer, S. Kohan and M.M. Özek
AJNR Am J Neuroradiol.2009; 30: 1898-1906 - DOI 10.3174/ajnr.A1726

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://www.ajnr.org/cgi/content/abstract/30/10/1898

Nouvelle anatomie à 3T : aspect normal de la tige pituitaire.
Satogami et coll. rapportent chez 29 sujets sains, entre 21 et 43 ans, sur des séquences 3D MPRAGE de repérage et axiale T2 HR, l’épaisseur et la longueur de la tige pituitaire et la longueur du récessus infundibulaire. A noter qu’à 3T, la tige pituitaire est en hypersignal T2 avec un anneau périphérique en hyposignal T2 dans 69 % des cas. L’hypersignal T2 serait en rapport soit avec les veines portales et les hormones hypothalamiques, soit avec les caractéristiques histologiques de la tige (diamètre axonal, épaisseur de la gaine de myéline).

Normal Pituitary Stalk: High-Resolution MR Imaging at 3T
N. Satogami, Y. Miki, T. Koyama, M. Kataoka and K. Togashi
AJNR Am J Neuroradiol.2010; 31: 355-9 - DOI 10.3174/ajnr.A1836

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://www.ajnr.org/cgi/content/abstract/31/2/355?rss=1

Vers une caractérisation des ganglions cervicaux grâce à l’IRM de diffusion ?

Deux nouveaux articles illustrent le caractère prédictif fort de la mesure de l’ADC dans l’étude des ganglions cervicaux pour la différenciation entre ganglion bénin et malin, notamment pour les ganglions infra-centimétriques. Dans ces 2 études, une valeur basse de l’ADC (respectivement inférieure à 1.0 x 10-3 mm²/s et 0.94 x 10-3 mm²/s pour la seconde étude) était corrélée au caractère malin du ganglion, confirmé par l’étude histologique.

Diagnostic accuracy and additional value of diffusion-weighted imaging for discrimination of malignant cervical lymph nodes in head and neck squamous cell carcinoma.
De Bondt RB et al.
Neuroradiology. 2009 Mar ; 51(3) :183-92

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://radiology.rsna.org/content/251/1/134.abstract

Head and neck squamous cell carcinoma: value of diffusion-weighted MR imaging for nodal staging.
Vandecaveye V et al.
Radiology 2009 ; 251:134-146 - DOI 10.1148/radiol.2511080128

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://radiology.rsna.org/content/251/1/134.abstract

Le schwannome intralabyrinthique : une entité rare à laquelle il faut penser. 
Tieleman et coll rapporte la série la plus large jamais rapportée sur les schwannomes intralabyrinthiques (52 cas). Cette localisation représente 10 % des schwannomes vestibulaires, elle est principalement intra-cochléaire, le plus souvent entre le tour basal et le second tour de la cochlée. Ils notent sur les examens de suivi une croissance dans 50 % des cas, soit à partir de la rampe tympanique vers la rampe vestibulaire soit de la cochlée vers le vestibule vice-versa. En IRM, le schwannome intralabyringhique apparaît en hypersignal en pondération T1, se rehausse fortement après injection et ont des bords nets, il est en hyposignal sur les coupes fines fortement pondérées en T2.

Imaging of intralabyrinthine schwannomas: a retrospective study of 52 cases with emphasis on lesion growth
Tieleman A et al.
AJNR Am J Neuroradiol.2008; 29: 898-905- DOI 10.3174/ajnr.A1026

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://www.ajnr.org/cgi/content/full/29/5/898

La gastrostomie percutanée radiologique doit être préférée à la gastrostomie endoscopique.
À partir d’une série de 40 patients ayant une sclérose latérale amyotrophique et nécessitant une gastrostomie, Blondet et coll. ont montré que la gastrostomie radiologique par voie percutanée (GPR) est plus efficace et mieux tolérée (pose moins douloureuse) par les patients que la gastrostomie réalisée par voie endoscopique (GPE). Le taux de réussite de la pose était 86 % pour la GPE (avec 3 échecs) et 100 % pour la GPR (0 échec). La pose radiologique était plus souvent mieux tolérée et entrainait moins de décompensations respiratoires. Les auteurs montrent que la gastrostomie percutanée radiologique doit être préférée à la gastrostomie endoscopique. Seul bémol, le type de gastrostomie n’avait pas d’influence sur la survie, qui était liée à l’évolution et à la gravité de la maladie sous-jacente.

Radiologic versus Endoscopic Placement of Percutaneous Gastrostomy in Amyotrophic Lateral Sclerosis: Multivariate Analysis of Tolerance, Efficacy, and Survival
Blondet A, Lebigot J, Nicolas G, Boursier J, Person B, Laccoureye L, Aubé C
J Vasc Interv Radiol 2010;21: 527-533 - DOI10.1016/j.jvir.2009.11.022

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S1051-0443(09)01669-8

La coloscopie virtuelle : examen de dépistage du cancer colique ?
Au cours d’une étude portant sur 10286 coloscopies virtuelles effectuées en 4 ans, l’équipe de la Mayo Clinique de Pickhardt et coll. a montré que la coloscopie virtuelle effectuée par tomodensitométrie avec une insufflation de CO2 et un post-traitement par console Viatronix® permet de détecter un cancer colique asymptomatique avec une fréquence de 0,21 % (22/10268) ou un cancer extra-colique insoupçonné, le plus fréquemment rénal, avec une fréquence de 0,35 % (36/10286). L’étude a également montré qu’après un délai moyen de 30 mois (extrêmes : 12 - 56 mois), seuls trois patients seulement étaient décédés de leur cancer, suggérant ainsi un allongement de la survie grâce à une découverte à un stade précoce.
Cet article repose de façon aiguë la question de la place de cette technique d’imagerie dans le dépistage du cancer colique, à l’heure où des grands moyens ont été déployés en France dans ce domaine.

Colorectal and Extracolonic Cancers Detected at Screening CT Colonography in 10 286 Asymptomatic Adults
Pickhardt PJ, KimDH, Meiners RJ, Wyatt KS, Hanson ME, Barlow DS, Cullen PA, Remtulla RA, Cash BD
Radiology 2010;255:83-8 – DOI 10.1148/radiol.09090939

Pour consulter l'article dans son intégralité :
http://radiology.rsna.org/content/255/1/83.abstract

Commentaire du bulletin précédent :
Commentaires du Dr Vincent Barrau (CCM St Denis) à propos de l’article sur la TEP et l'activité de la maladie de Crohn...

… La TEP est un examen très irradiant et cher qui n’est certainement pas adapté au suivi de patients atteints de maladie de Crohn, qui sont des sujets jeunes, qui auront des examens tout le long de leur vie.

…De multiples articles se sont intéressés à l'entéro-IRM et à l'activité de la maladie de Crohn. L’avenir est très certainement à l'IRM de diffusion dans la maladie de Crohn :
Free-breathing diffusion-weighted imaging for the assessment of inflammatory activity in Crohn's disease. Kiryu S, Dodanuki K, Takao H, Watanabe M, Inoue Y, Takazoe M, Sahara R, Unuma K, Ohtomo K. J Magn Reson Imaging. 2009 Apr;29(4):880-6

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19306416

…En résumé, le message aux radiologues devrait être celui de remplacer le transit du grêle et l'entéroscanner par l'entéroIRM.

Pour consulter le premier bulletin :
http://beclere.sfrnet.org/veille/bulletin01.html